De ma relation avec les mots…


« Writing is an exploration. You start from nothing and learn as you go. »
— E. L. Doctorow

Ecrire a toujours été pour moi un exutoire et une thérapie, pourtant au passage à l’âge adulte j’ai perdu ma capacité à écrire et à aligner les mots comme un illustrateur vous sort une merveille en trois coups de crayon. Je m’en suis voulu d’avoir perdu mes mots, j’ai haï cette page blanche qui me faisait si mal et ma tête incapable de retranscrire sur le papier ce que je souhaitais. J’étais devenu incapable d’exprimer mes sentiments.

L’écriture, comme la lecture a toujours revêtu une importance capitale dans ma vie. Lire me permettait d’échapper à un quotidien bien trop difficile à vivre pour une gamine. Des romans de Jack London aux livres de fantaisie en passant par les livres de Nicolas Vanier, je m’imaginais tantôt avoir une vie d’aventurière et partir me perdre dans ce Grand-Nord qui me faisait rêver, tantôt comme un grand guerrier qui allait sauver le monde ou bien encore comme Robin des Bois, le défenseur des pauvres.

Les princesses, elles, ne m’ont jamais fait rêver, elles étaient en fin de compte bien naïves et si faibles…alors que les chevaliers, les Robins des Bois, les Princes Rebelles, eux avaient un réel intérêt à mes yeux, car ils représentaient tout ce que je n’étais pas dans la vie. En réalité, j’étais ce que je haïssais.

Et puis il y a eu l’écriture. Quand, refermé sur toi-même tu te retrouves incapable d’exprimer tes sentiments, ta colère et que tu ne sais comment faire pour ne pas craquer de tout garder en toi tu finis par te tourner vers la seule chose qui au final deviendra ton meilleur confident : le papier. J’ai rempli des blocs entiers de textes, de poèmes tous plus noirs les uns que les autres. Pendant des années j’ai écrit mon mal être, mis des mots sur ce qui n’allait pas, recherché des solutions à travers mes écrits. Et puis j’ai avancé, ma thérapie par l’écriture à petit à petit fait son chemin quand tout un chacun me criait que seul un psy pourrait m’aider. Mais ils ne pouvaient pas comprendre ce que moi-même j’étais incapable d’exprimer. J’avais besoin d’évoluer seule, de sortir de mon passé seul. C’était une revanche avec la fille faible que j’étais.

Et puis les années ont passé et les mots de plus en plus me quittaient. Ma feuille si libératrice devenait source d’angoisse, alors j’ai recommencé à garder en moi toutes ces choses qui n’allaient pas, ce mal être que je recommençais à considérer comme mon meilleur allié. Jusqu’au jour où les mots sont revenus le temps de mettre en « image » ce que j’avais à dire, de me libérer enfin et mettre un point final à toutes ces années afin de repartir sur une feuille vierge, mais jamais les mots n’auront été aussi fort, aussi facile qu’à mon adolescence.

Pendant des années j’ai envié les auteurs, capable d’écrire des centaines de pages, de mettre des mots sur une histoire. Je les ai enviés, car toute mon enfance j’étais persuadé que j’écrirais des livres lorsque je serai grande et puis je me suis rendue à l’évidence, je n’étais sûrement pas faite pour être auteur, car trop insatisfaite, pas assez imaginative, trop perfectionniste…

Je pense qu’entre elle et moi l’histoire sera toujours compliquée, car je l’aime autant que je manque de maîtrise envers elle. La différence avec le passé c’est que j’ai arrêté de me prendre la tête lorsque les mots ne viennent pas.

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