Se construire une identité


Dans les faits, tout devrait être simple. Lorsqu’on naît, nos parents nous attribuent un / des prénom(s) ainsi qu’un ou deux noms. Les prénoms sont sexués et donc attribués en fonction de notre sexe biologique. Toute notre vie, nous devrons vivre avec cette identité que l’on a choisie pour nous et sur laquelle on aura construit la base de ce que nous sommes aujourd’hui. Le mariage permettra à certaines de « changer » une partie de cette identité avec un changement de nom.

Dans la réalité, il arrive que la situation soit plus compliquée qu’il n’y paraît. Si la majorité des gens ne remettrons jamais en cause cette identité, il y a aussi ceux qui pour x ou y raisons souhaiterons en changer / la modifier.

Se construire une identité lorsqu’on est enfant sur ce nom / prénom / sexe devrait être, en théorie, facile. On se contente d’évoluer avec ce qui nous est attribué à la naissance et les gens nous reconnaissent comme tels. La réalité c’est que pour moi toute cette étape a été très difficile et qu’encore aujourd’hui elle génère des questionnements en moi. Ce qui suit risque de vous paraître brouillon je vous préviens…

Nous sommes le 9 mars 1986, ma mère accouche de moi. Mes parents ont choisi de m’appeler Séverine, mais toute sa grossesse j’ai porté un autre prénom. Je suis donc de sexe féminin. Je porterai le nom de mon père tout comme ma mère porte son nom.


I.  Pourquoi je suis une fille ?


Nous sommes en maternelle, je commence à me poser des questions sur mon sexe, je ne comprends pas pourquoi je suis une fille, pourquoi je ne peux pas faire pipi debout et pourquoi je n’aurais pas le droit d’avoir des croûtes partout sur les genoux (j’en conviens cette dernière question était ridicule). Le cancre de la classe me fait rêver car il est tout ce que je rêve d’être. Je préfère les voitures, j’aime le bleu, je déteste le rose et je voudrais être pompier depuis que je sais parler (j’étais un beau cliché XD).

Une seule solution : j’ai dû me tromper de corps à la naissance, je voudrais être un garçon et m’appeler Stephane ou Sebastien.

Nous sommes en primaire, ma mère essaie toujours désespérément de me féminiser, mais je ne veux pas voir une jupe, un chemisier ou même un bijou approcher mon corps et je rêve qu’elle me coupe les cheveux courts. J’espère chaque jour d’un pénis va pousser (j’ai de l’espoir). Je déteste les filles / femmes. Pour moi, elles sont faibles alors qu’être un garçon c’est tellement mieux.

J’ai dix ans, ma mère accepte enfin de me couper les cheveux courts, mon rêve d’être un garçon devient réalité, je jubile lorsqu’un adulte parle de moi au masculin. Je n’ai toujours pas de pénis, mais j’obtiens d’être pris pour quelqu’un du sexe que je veux.

Cette incompréhension totale du corps dans lequel je vis me poursuivra jusqu’à mes 16/17 ans environ. Le début de la puberté ayant été un moment dur car je n’acceptais pas d’avoir de la poitrine ou même encore d’être réglée.

Alors que s’est-il passé à 17 ans pour que cette envie de devenir un homme disparaisse de mon esprit ? Il ne faut pas croire que je suis devenue féminine et me suis mise à aimer « les choses dédiées » aux femmes du jour au lendemain car ce n’est absolument pas le cas. Je reste au quotidien très masculine. La seule chose qu’on pourrait qualifier de féminin en moi c’était mes cheveux que j’ai portés pendant 10 ans jusqu’aux fesses, décidant de les laisser pousser à 16 ans, pour au final tout couper court il y a 3 ans.
*APARTE ON * Cette masse de cheveux que j’avais refusé de toucher pendant des années était devenue soudain quelque chose à faire disparaître pour mieux retrouver ce que j’avais toujours été. S’en était devenu vital. *APARTE OFF*

A 17 ans, internet aidant, je me découvre une passion pour les jolies photos de corps nus mettant en scène des femmes. Je trouve terriblement sensuel de voir deux femmes ensemble et je me mets à vénérer le corps féminin que je trouve absolument splendide (ce qui est toujours le cas aujourd’hui).

Les hommes représentent alors pour moi toute la grossièreté de l’univers et je ne comprends pas ce qu’une femme peut trouver de beau à un pénis. J’ai peur des hommes, peur de leurs pulsions et peur d’être en leurs présences. Cette période durera environ jusqu’à mes 26/27 ans. Ceci faisant, je préfère être en présence d’hommes que de femmes pour travailler (logique quand tu nous tiens).

Ceux qui me connaissent se demanderont alors ce que je fous avec un homme depuis 12 ans. Il faut savoir que Steph a toujours connu mon penchant pour les femmes et ma peur des hommes. Il a toujours été patient et compréhensif avec moi.

Je vis aujourd’hui en accord avec ces deux moi qui cohabitent dans mon esprit, je ne me considère pas tout à fait comme une femme, mais je ne me considère pas non plus comme un homme. Je suis une sorte de créature humaine qui en réalité n’a pas vraiment envie de se définir par un sexe et agit en fonction de ce qu’elle ressent au quotidien. J’aime dire que je suis une « fille de la terre ».
 Je suis libre d’être qui je veux être chaque jour.


II.  Pourquoi je m’appelle Séverine ?

Comme je le disais en introduction ma mère m’a pendant toute sa grossesse appelée d’un prénom autre que celui que je porte aujourd’hui. Je l’ai su par la suite, ce prénom m’obsédant depuis un bon paquet d’années. J’aurai pu m’appeler « Virginie » ils ont choisi de m’appeler « Séverine ».

Nous sommes en primaire, j’ai environ 9 ans, une élève porte le prénom que j’aurai toujours voulu avoir, Virginie (comprenez déjà l’ambiguïté du truc entre le fait que je me sens dans le mauvais corps, mais que je vénère aussi un prénom féminin). Je suis jalouse de cette Virginie car elle porte mon prénom. Ce prénom « Virginie » me fait automatiquement penser à la montagne, l’hiver, la neige, il évoque en moi tout ce qui me fait rêver et cela me poursuivra jusqu’à aujourd’hui.

Je n’ai recroisé qu’une « Virginie » dans ma vie, mais ce prénom « Virginie » lui ne m’a pas quitté. Les gens n’ont jamais vraiment réussi à m’appeler Séverine, pour une raison que j’ignore ce prénom ne reste pas dans leur tête et plusieurs m’ont également sorti « Séverine ? Sévère ? » et inéluctablement je finis toujours avec un autre prénom, ce n’est pourtant pas faute de le répéter. Le seul auquel je réagis, lorsqu’ils se trompent, c’est « Virginie » bien sûr.

La encore, internet arrivant j’ai adopté le pseudo de « Mayoka » en 2001, pseudo qui a très vite remplacé mon prénom au quotidien dans la vie courante. J’avais tellement l’habitude qu’on m’appelle Mayoka dans la rue, en soirée, sur le net…que Séverine me faisait toujours sursauter, comme l’impression qu’on appelait une étrangère qui se trouvait être moi, mais dans laquelle je ne me reconnaissais pas.

A 30 ans, il devient de plus en plus important pour moi d’ajouter ce prénom, « Virginie » à mon état civil. Cela fait trop d’années qu’il me poursuit, trop d’années que je rêve de le porter et même s’il ne sera pas en priorité sur mes papiers, il sera là, présent, comme une part de moi-même enfin rétablie que je pourrai légalement utiliser.

Je pourrai également vous parler de mon nom qui a toujours été une sorte de boulet que je me traînais, mais l’histoire risque d’être longue car il faudrait également que je vous parle de toutes mes années de harcèlement scolaire. Quand on est enfant, on pense trop facilement qu’il suffit de changer un élément pour que toute sa vie change, c’est un peu plus compliqué que cela en réalité. La vérité c’est que j’ai beaucoup de mal avec le principe même de l’héritage du nom car c’est hériter des mémoires des générations qui nous ont précédés.


III.  Et aujourd’hui, t’en es où ?

Pour conclure sur cet article qui m’aura valu 3 pages Word pour raconter ma vie, je crois que j’aurai pu faire un très bon sujet d’étude pour un psy.

Plus sérieusement, je pourrai dire que j’ai mis des années à me construire une identité, à comprendre qui j’étais et que l’on ne se définit pas uniquement par le sexe qui nous a été attribué à la naissance. 
Si j’ai rapidement compris que jamais je ne rentrerais dans une case prédéfinie et que je ne pourrai jamais être ce qu’on voulait de moi, il m’aura fallu beaucoup de questionnements sur moi-même pour accepter qui je suis.

Dans le second cas, le souci n’est pas réglé étant donné que la démarche pour faire ajouter un prénom – même secondaire – à l’Etat Civil est – comme beaucoup de choses en France – compliquée et coûteuse car il faut faire appel à un avocat et que ça a peu de chance d’aboutir étant donné que je n’ai pas de quoi justifier que j’utilise ce prénom depuis des années. Ma demande aujourd’hui serait sûrement qualifiée d’injustifiée ou fantaisiste par un juge. Je suis donc en pleine réflexion sur ce point.

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